Déc 122017
 

Une personne m’a envoyé par mail une question que je ne m’étais jamais posé, d’une part car ça ne touche pas la culture japonaise et d’autre part, parce que je savais que dans l’histoire il n’y avait rien de japonais. Elle m’a demandé par mail: « Je voudrais savoir d’où vient la tradition (si c’en est une vraie) du verre à sake faisant figurer une shunga, une image érotique) qui apparaît avec le liquide et disparaît à mesure que ce dernier est bu. Est-ce une invention triviale contemporaine ou une tradition populaire ? D’où vient-elle et de quand date t-elle ? »

Voilà donc le résultat de mes recherches, merci à Isabelle pour m’avoir posé la question, car à la lecture des réponses trouvées sur des forums et réseaux sociaux, il faut absolument faire une mise au point.

Lorsque vous allez dans un restaurant chinois ou japonais (mais les « faux » restaurants japonais) en France il n’est pas rare que l’on vous serve à la fin du repas du « saké » dans un verre qui lorsqu’on met un liquide permet de faire apparaitre l’image d’une femme ou d’un homme nu.

Donc avant de lire, la suite, ça n’a strictement rien de japonais. Et pour cause, la vue de pubis d’un homme nu ou d’une femme nue est bannis du Japon (et censuré).

Donc en lisant sa question je me suis interrogé et j’ai cherché à y répondre. Encore merci à Isabelle pour sa question.

Dans un premier temps, je n’ai jamais vu ce type de verre au Japon, ni dans des trocs, ni dans des sex-shop, ni dans des magasins où l’on trouve de tout. Peut-être dans des « Shaku-en shop », et encore il s’agissait d’articles chinois.

Même des habitués des séjours en Asie du sud-est vous le diront aussi, ils n’en ont ni vu en Chine, ni au Vietnam, ni ailleurs… que dans ces « restaurants chinois » des pays occidentaux.

Alors d’où est-ce que cela vient?

Tout d’abord je tiens à mettre au point quelque chose, j’en ai déjà parlé, mais c’est suffisamment important pour qu’on le répète. Le mot « saké » est un mot japonais qui s’écrit « 酒 » et signifie simplement « alcool ». La bière est un saké, la liqueur est un saké, le vin est un saké, l’eau de vie est un saké. L’alcool de riz que l’on peut acheter au Japon et qui est plus un « vin de riz » (entre 7 et 20°) s’appelle « Nihonshu » (日本酒), les autres alcools ont également des noms spécifiques comme celui à base de prune  « umeshu » (梅酒) , ou à base d’autre ingrédients comme le shōchū (焼酎) .

Le « saké », plutôt fort que l’on sert dans les restaurants chinois et japonais en France, n’a rien de japonais, il s’appelle Mei Kwei Lu Chew (méiguīlù jiǔ, 玫瑰露酒) est un alcool chinois de Sorgho (une racine africaine): plus d’info: https://fr.wikipedia.org/wiki/Meiguilujiu

Toutes mes recherches vis à vis de ces coupes à Mei Kwei Lu Chew tendent à montrer que ces verres font partie d’une tradition folklorique qui serait en fait apparu aux USA dans les restaurants de la diaspora chinoise, qui a initialement créé ces verres pour les touristes. Donc ni chinois, ni japonais, ni vietnamien, ni… mais américain.

Les récipients à nihonshu sont: ochoko (お猪口), Sakazuki (盃), guinomi (ぐい呑み).

Concernant les images que l’on retrouve au fond des verres à Nihonshu ou des tasses de thé, il y a bien ce qu’on appelle les lithophanes.

Mais ce sont des oeuvres d’art, et qu’on ne retrouve que chez les collectionneurs ou dans les restaurants de très haut standing. Donc certainement pas chez le petit restaurant chinois, ou japonais du coin.

Il existe bien des tasses à nihonshu érotiques, avec des représentations de shunga, mais ces porcelaines sont également des oeuvres d’art, par exemple sur des kutani:

 

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